Ce lundi, à 15h30 heure française (14h30, heure locale), Erwan Le Roux et les 23 autres solitaires en lice dans The Transat bakerly s’élanceront de Plymouth en direction de New-York, pour un total de 3 050 milles. L’entame promet d’être assez sportive, avec entre 20 et 25 nœuds de vent, mais surtout, très rapidement, il faudra trancher entre une route nord probablement cabossée et casse-bateaux, puis une route sud, plus tranquille mais qui devrait faire descendre jusqu’au nord des Açores. Quoi qu’il en soit, le skipper de FenêtréA-Cardinal est prêt à en découdre et espère décrocher la victoire aux Etats-Unis, mais il le sait, sur un parcours aussi exigeant que l’Atlantique Nord, il faudra avant tout arriver au bout. 

Après dix jours de festivités, à Saint-Malo d’abord, puis à Plymouth ensuite, Erwan Le Roux et les autres concurrents de The Transat bakerly vont donc entrer dans le vif du sujet, aujourd’hui. « J’ai envie de dire enfin ! A présent, il est vraiment temps d’y aller ! » a déclaré le skipper de FenêtréA-Cardinal qui appréhende néanmoins le moment de quitter le port. « C’est toujours un peu stressant de sortir les bateaux, surtout lorsqu’il y a du vent d’annoncé. Il va falloir bien se concentrer pour éviter les bêtises et être à l’affût du moindre problème », a ajouté le navigateur, rappelant, à juste titre l’incident survenu dans le bassin Vauban de la Cité Corsaire entre le Maxi Actual et un autre concurrent. « Pour l’heure, les modèles météo annoncent un vent de secteur sud-ouest pour 18-25 nœuds avec rafales, ce qui ne facilitera pas les manœuvres de port, ni la préparation du départ. De fait, lorsque ça souffle aussi fort, ça commence à être compliqué d’avancer au moteur. Il faudra quitter le quai le plus tard possible et essayer d’envoyer les voiles au plus vite pour être autonome rapidement », a commenté Erwan qui rejoindra alors le sud du brise-lames de Plymouth, zone dans laquelle la ligne de départ sera matérialisée par la frégate militaire HMS Kent de la Royal Navy, puis mettra ensuite le cap à l’ouest, vers New-York.

24-48 premières heures délicates
« Les premières 24-48 heures de course s’annoncent un peu sportives mais ensuite, ça devrait se calmer un peu. Le truc, c’est que dès Eddystone qui se trouve à seulement huit mille de Plymouth, il faudra faire un choix entre deux options radicalement opposées : soit engager sur une route de jeu vidéo, pour aller chercher une dépression par 55° Nord - une route plus courte mais avec un risque important de casse -, soit partir sur une route sud, plus sympa car au portant, mais avec moins de vent et plus de chemin à parcourir puisqu’il faudra descendre jusqu’au nord des Açores. En bref, il va falloir choisir entre « on » et « off », mais une fois que ce sera tranché, il n’y aura plus d’occasion de revenir en arrière », a détaillé le skipper de FenêtréA-Cardinal qui estime, selon ses premiers routages, une traversée en dix jours, soit quatre jours de mieux que le temps de référence de la classe Multi50 (14j 01h 23’), établi par Eric Bruneel sur le trimaran Trilogic, lors de l’édition 2004. « L’idée, avant tout, est d’arriver de l’autre côté de l’Atlantique. Les bateaux risquent de souffrir pas mal, et il faudra, plus que jamais, bien placer le curseur entre aller vite et préserver l’intégrité du matériel. Il faudra s’efforcer de naviguer proprement pour passer sans encombre l’ensemble des différentes étapes qui vont jalonner la route jusqu’à New-York, et il y en a quelques-unes ! », a conclu Erwan Le Roux.

Arrivé vendredi soir à Plymouth, Daniel Souben est celui qu’Erwan Le Roux surnomme le « Monsieur Performance » et/ou le « Monsieur Lucide » au sein de son team. De fait, le navigateur, triple vainqueur du Tour de France à la Voile, joue un rôle clé lors des grandes courses du skipper de FenêtréA-Cardinal depuis 2013. Il était là lors de ses victoires à la Transat Jacques Vabre en 2013 et 2015 puis à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 2014. « Je connais bien Erwan et je connais également assez bien son bateau. Mon rôle, lorsqu’il est en mer, est de savoir quand il est fatigué ou non, quand on peut appuyer sur le champignon ou pas ou le situer par rapport à la flotte… On le sait, lors d’une traversée de l’Atlantique, un skipper a forcément des hauts et de bas. Je suis donc là pour lui envoyer le message qui va bien et aussi le rebooster à certains moments, si nécessaire », explique Daniel dont le rôle au sein de l’équipe, s’étend bien au-delà de ça. « En amont de la course, j’essaie de dépiauter pour lui tout ce qui concerne les règlements, les instructions de course et les avenants pour qu’il puisse se concentrer pleinement sur sa course. Je lui fais un résumé avec les points essentiels. Je mets également à jour ses plannings. Bref, je fais en sorte de le soulager au maximum. Lorsqu’il est en mer, je l’ai dit, j’essaie d’être le plus possible son écoute possible. Je n’interviens pas sur les routages. Erwan travaille sur ce sujet avec Jean-Yves Bernot, l’un des meilleurs spécialistes dans ce domaine. C’est suffisant. En revanche, s’il a un souci de réclamation comme cela peut arriver parfois, je m’en occupe. Enfin, dernier aspect important, je suis également responsable de tout ce qui est en lien avec la sécurité. En clair, s’il arrive quelque chose à son bateau ou s’il demande assistance, je gère ça depuis la terre en collaboration avec la Direction de course, les assurances, les sponsors et la famille », a détaillé Daniel Souben.